COMPRENDRE, GÉRER ET S’ANCRER
Qu’est-ce que c’est la dissociation ?
La dissociation est une modification temporaire de la conscience, de la perception de soi et/ou de l’environnement. Elle peut aller du simple “être dans la lune” (dissociation légère) à des phénomènes plus intenses comme la dépersonnalisation ( se sentir coupé de soi-même) et la déréalisation ( impression que l’environnement est irréel).
Exemples du quotidien :
- Conduire sans se rappeler d’une partie du trajet (pilotage automatique)
- Etre tellement absorbé par ses pensées qu’on oublie l’action qu’on est en train de faire.
Lorsque la dissociation survient de manière trop fréquente, trop intense ou inadaptée ou contexte, avec une impression de perdre le contrôle, elle devient problématique.
LA CRISE DISSOCIATIVE FONCTIONNELLE
Episode intense de dissociation, sans lésion organique au cerveau. Le terme “fonctionnel” signifie qu’aucune lésion organique ne peut expliquer les symptômes observés. Autrement dit, le troubles n’est pas du à une anomalie détectable mais plutôt à un dysfonctionnement dans le mode de fonctionnement ou la régulation du système nerveux.
Quels sont les caractéristiques principales ?
- Etat altéré de conscience : Impression d’être dans le brouillard
- Détachement : Sentiment de flotter, de ne pas être dans son corps (dépersonnalisation) ou que l’environnement est étrange (déréalisation)
- Involontaire : Il ne s’agit pas de simulation.
Quels sont les différences avec d’autres crises ?
Les crises dissociatives fonctionnelles se distinguent de plusieurs autres types de crises par leurs mécanismes et leurs manifestations cliniques.
Elles diffèrent d’abord des crises épileptiques, qui sont liées à une activité électrique anormale du cerveau objectivable à l’électroencéphalogramme (EEG) et qui s’accompagnent souvent de manifestations neurologiques caractéristiques telles que des convulsions ou une perte de connaissance stéréotypée.
Elles se distinguent également des crises de panique, qui sont principalement marquées par une peur intense, souvent centrée sur la crainte de mourir ou de perdre le contrôle, associée à des symptômes physiques comme des palpitations, des sueurs ou une sensation d’étouffement.
Enfin, les crises dissociatives fonctionnelles ne relèvent pas de troubles psychotiques : contrairement aux crises psychotiques, elles ne s’accompagnent pas d’une altération du jugement de la réalité, ni de symptômes tels que des idées délirantes ou des hallucinations.
Mécanisme de protection : de quoi nous parlons ?
Lorsque la charge émotionnelle ou le stress est trop élevé, le cerveau “déconnecte” en partie pour limiter la souffrance. Dans des situations de violence ou de choc extrême, la dissociation protège de la douleur émotionnelle (par exemple, se sentir “hors de son corps” pendant une agression). Elle permet ainsi parfois de “tenir le coup” face à un danger perçu comme incontrôlable.
Cependant, lorsque ce mécanisme se déclenche trop souvent ou de manière inappropriée, il devient handicapant.
QUELS SONT LES CAUSES, FACTEURS DÉCLENCHEURS ET STRESS ?
- Traumatismes passés
- Violences physiques, psychologiques ou sexuelles, accidents, deuil, etc ;
- Souvenirs intrusifs pouvant raviver la souffrance ;
- Stress aigu ou chronique
- Surmenage professionnel ou scolaire, conflits familiaux ou relationnels, pression sociale ;
- Manque de sommeil, saut de repas, épuisement ;
- Émotions négatives intenses
- Angoisse, colère, honte, culpabilité ;
- Rumination mentale (pensées négatives cycliques) ;
- Déclencheurs internes vs externes
- Externes : dispute, examen, pression au travail, sons ou lumières trop fortes ;
- Internes : anxiété latente, images mentales, auto-critique, fatigue ;
QUELS SONT LES TECHNIQUES D’ANCRAGE ?
Les techniques d’ancrage consistent à ramener volontairement l’attention sur des éléments concrets, afin de rétablir le contact avec la réalité. En se centrant sur l’instant présent, elles permettent de limiter la sensation de “déconnexion” et de flottement.
Avec une pratique régulière, elles deviennent un réflexe de protection face au stress, réduisant l’intensité et la durée des crises dissociatives fonctionnelles.
On distingue trois grandes approches.
A. ANCRAGE CORPOREL
L’ancrage corporel consiste à ramener son attention vers son corps (posture, respiration, sensations musculaires) afin de se reconnecter à l’instant présent et de diminuer la sensation de flottement.
Conseil : commencez par de courtes séances (3 à 5 minutes), puis augmentez progressivement.
B. ANCRAGE SENSORIEL
L’ancrage sensoriel consiste à solliciter activement ses cinq sens (vue, ouïe, toucher, odorat, goût) pour ramener l’attention au moment présent.
- Focalisation visuelle : choisir un objet (stylo, tasse), observer ses détails (couleur, forme, texture) et les décrire mentalement ;
- Ancrage auditif : fermer les yeux, identifier les sons proches puis lointains, et lister cinq sons distincts ;
- Ancrage tactile : tenir un objet texturé (balle anti-stress, tissu rugueux) et en ressentir la température et la consistance ;
- Ancrage olfactif : sentir une huile essentielle ou un parfum familier et se concentrer sur les nuances d’odeur ;
- Ancrage gustatif : manger un morceau de chocolat ou un raisin sec en pleine conscience (texture, goût, odeur, température).
C. ANCRAGE COGNITIF
L’ancrage cognitif mobilise l’activité mentale (comptage, visualisation, mantras…) afin d’interrompre la spirale de pensées intrusives et de revenir à l’instant présent.
- Comptage à rebours : compter de 100 à 0, ou de 50 à 0 par paliers de 3 (ex. : 47, 44, 41…). Se concentrer pleinement pour ne pas perdre le fil.
- Mantra ou phrase rassurante : par exemple :
« Je suis en sécurité, ici et maintenant. »
La répéter lentement, en articulant chaque mot afin d’ancrer le message. - Visualisation guidée : penser à un « lieu ressource » (une plage, une forêt…) et en décrire mentalement les détails (lumière, couleurs, odeurs, sons). Se laisser “se promener” dans cet espace imaginaire pour apaiser l’esprit.
- Lecture / écriture : lire un texte à voix haute, en marquant la ponctuation. Écrire spontanément ce qui vient à l’esprit (journaling) afin de libérer les pensées.